poetry / French
si les choses ne m’ avaient pas
si furieusement heurté
peut – etre je ne les aurais pas
vues
peut – etre je n’ aurais jamais payé
pour elles
ma tristesse – ma joie
il m’ est permis parfois
d’ apercevoir
comment le Mal et le Bien
s’ assamblent
et de leur union naît
tout ce qui existe
ma mort - ma vie
je n’ aurais jamais trouvé
le chemin vers toi
si je n’ avais pas profondément
vainement erré
si tant de nuits
ne m’ avaient pas aveuglé
si tant de ravages
ne m’ avaient pas caressé
quelquefois
au milieu de la tempete
une paix profonde
m’ envahit
et tandisque je suis heurté
déchiré, écrasé
je peux tranquillement apercevoir
ma mort
qui nourrit
tandrement
ma vie
j’ ai si souvent demandé a l’ autre
de regarder les choses en face
mais moi je m’en suis détourné
toutes mes condamnations
se sont traînées devant moi des années
mais je n’ai pas voulu les suivre
n’ai pas su les comprendre
n’ai pas pu les apercevoir
jusqu’ au bout
rien,
jamais je n’ai su expier
jusqu’ au bout
seule la jeunesse passe
seule la gaité passe
seule la vie passe
ma culpabilité demeure entiere
rien
jamais je n’ ai su expier
jusqu’ au bout
j’ ai toujours, séverement demandé a l’autre
de regarder les choses en face
mais moi je m’ en suis détourné
et maintenant que je n’ attends plus rien
mon espoir
est plus fort que jamais
qu’ attends – je encore
maintenant
quand
je n’ attends plus rien ?!
j’ ai envisagé avec attention
toutes mes malformations
toutes mes impuissances
mon malheur entier
aisément
dans mon âme
je l’ ai ramassé
qu’ attends – je encore ?
les ravages
les solitudes
les lourdes hardes
de mon indécision
les pourritures
la boue
la cendre
la confusion
m’ ont réchauffé
m’ ont étranglé
m’ ont flétri
et pourtant …
et pourtant
maintenant
lorsque
je n’ attends plus rien
qu’ attends – je encore ?!
Je ne suis nulle part présent
et de nulle part m’ absente
j’ ai souvent eu envie de m’ aneantir
sans avoir jamais vraiment vécu
tout pres de moi l’ auguste ortie fleurit
tout pres de moi de brillants avions
décollent
nulle part je ne fus condamné
de nulle part je ne peux m’ évader
ma vie est une longue série de pieces
qui ne veulent – soudain – communiquer
l’ une avec l’ autre
ma vie – une horloge
réglée jadis
par une collegue de classe
ma vie – un train qui traîne
sans retour
sur les memes vieux rails …
ma vie – des habits de marié
déchirés dans les salles d’ attente
…………………………………………….
ma vie – tentative infinie
de récupérer
ce qu’ elle n’ a jamais possédé
ma vie – ce gout paralysant
de cendre.
c’ est elle qui éclaira mon chemin
tandis que moi, les yeux fermés,
je cherchais craintivement une place
pour abriter mes yeux de la lumiere
c’ est elle encore qui me dit
le jour ou je me suis couché
tres calme sur les rails
que je commencerai a espérer
juste apres la mort de mes
espoirs
elle est ma mere et ma fille
confins et infini
elle ne cesse pas
d’ etre absente
j’ aime les fissures de mon ame
euvers lesquelles j’éprouve
tant de révolte
sur une mélodie jamais entendue
a vie et a mort
passionément je danse.
un peu plus faible si j’avais été
j’ aurais tout réussi
un peu plus fort si j’ avais été
depuis longtemps je n’aurais plus été
ce n’ est qu’ apres t’ avoir rencontrée
que j’ ai commencé
a douter de ton existence
UN NOUVEAU DÉBUT, LE VRAI DÉBUT PEUT – ETRE
dans tes yeux, le monde me semble jeune
malade et jeune, mourrant et jeune
toujours pret a s’ouvrir – spasmodiquement, douloureusement -
dans la beauté
la neige d’ hier soir
n’ est qu’ un fragile bouclier
qui couvre l’incertitude
l’ impatience d’ etre.
j’ ai encore revé
qu’ au seuil du bonheur
je me seicidais
et
plus triste que jamais
dans ma vie
de nouveau je suis entré
toujours plus souvent
je me promene
parmi les ruines de mon ame
sans oublier d’ emmener
ton flacon de parfum
sans doute, devant tous
poliment
je m’ efface
et tout en pietinant
je ne cesse pas de croire
qu’ un jour
je saurai t’ etre fidele
QUI L’ ACCOMPAGNENT JUSQU’ AU BOUT
je suis entré en décomposition
et je fais encore
des projets
reçois – moi, reçois – moi, reçois – moi
avec toutes mes infamies
rien ne se tient plus pres de moi
rien ne peut plus me sauver
je ne trouve nulle part ma place a moi
mon foyer
comme un pécheur je me suis rapproché
des choses
les yeux fermés
furieusement
je m’ en suis rapproché
ô mon Dieu, mes nuits, mes déchirures
mes répulsions
m’ont éloigné de ma propre chair pécheresse
tout pres de moi quelqu’ un pleure doucement,
l’âme percée, s’ accroche aux souvenirs
plus rien ne se tient pres de moi
plus rien ne peut me sauver
reçois – moi, reçois – moi, reçois – moi
que Ta volonté s’ accomplisse
apres m’avoir guéri
j’ ai découvert combien j’ étais malade
apres ne t’ avoir plus aimée
j’ ai eu affreusement
besoin de toi
apres ma mort
je comprendrai peut-etre
tout
tout ce que je pourrais atteindre
et n’ atteins pas
tout ce que je pourrais comprendre
et ne comprends pas
tout ce que je pourrais etre
et ne suis pas
je n’ aurais jamais osé
venir a ta rencontre
si je m’ étais vu
tel que je suis
PARMI LES BARREAUX J’ APERÇOIS
L’ ÉCOULEMENT FRAGILE DU DESTIN
l’ hiver n’ est pas tout a fait venu
que le printemps s’ envole déja
je n’ eus pas le temps
de m’ approcher de toi
car tu t’ es déja éloignée
définitivement
et depuis que la mort
m’a pris tendrement la main
j’ ai commencé a vivre
c’ est mieux que tu sois loin
je ne t’ ai pas écrit et je ne t’ écrirai jamais
les médicaments que tu m’ a envoyés
je les ai vite changés contre un cigare
parfois je me souviens de toi
dans les plus drôles circonstances
parfois – pardi – je ris tout seul dans la rue
parfois je pourrais meme t’ atteindre
c’ est mieux que tu sois loin
c’ est mieux que je n’ aie plus a qui
faire des aveux
- de toute façon, ça commençait a m’ irriter
de toujours te raconter mes histoires -
c’ est mieux que tu sois loin
parfois je pense a toi
de la maniere la plus étrange
je me rappelle tout
je me rappelle tout ce que je veux de toi
et toujours plus souvent j’ ai honte de toi
oui, oui, c’ est mieux que tu m’ aies abandonné
des ma naissance
lorsque tu te penches
vers moi
vers qui te penches-tu ?
et lorsque tu m’ attends
longuement / lorsque tu m’ attends comme
ça
avec une sorte d’ espoir désolé
qui attends-tu ?
en meme temps que toi
tant de choses sont entrées
dans ma chambre
tu me touches
et tout l’ univers me touche
avec toi
mais toi seule
tu m’ abandonnes.
J’ ARRIVERAI QUAND JUSQU’ A TOI ?
j’ ai ouvert tant de portes
de lourds rideaux j’ ai écartés
nuits et jours j’ ai grimpé, a genoux
mais je ne suis pas arrivé
jusqu’ a toi
maintenant on est ensemble
mains dans les mains
je regarde tes yeux
en larmes
et je me demande :
j’ arriverai quand
jusqu’ a toi ?
LE SUICIDE D’ APRES LE SUICIDE
la café d’ apres le café
la cigarette d’ apres la cigarette
l’ insomnie d’ apres l’ insomnie
et l’ espoir caché derriere le désespoir
voila mes allégements
j’ écarte de lourds rideaux
et des rideaux infinis
devant moi s’ étalent
blanc, blanc, beaucoup de blanc
beaucoup de blanc a noirci
ma soif de blanc
le café d’ apres le café
la cigarette d’ apres la cigarette
et la tentative de ne pas apercevoir
les haillons déchirés du monde
bien tard j’ ai appris a t’ aimer
- je t’ avais toujours aimée !
bien tard je me suis rapproché de toi
- pres de toi j’ avais été des années !
je te serrais dans mes bras avec ardeur
c’ étais toi qui m’ accompagnais un peu partout
mon coeur battait sur tous les radars
mais ton etre secret se fanait
ton sourire diaphane se fanait
ta douceur me paraissait, soudain, de la révolte
J’ ai appris a t’ aimer tellement tard
tellement tard je me suis rapproché de toi.
parfois
je me sens
tellement étranger
que tout ce qui existe
me paraît éloigné
je voudrais alors
envoyer
de longs poemes
mélodieux
a une adresse
inexistente
parfois
je me sens
tellement étranger
que je vois,
pousser l’ herbe
sur mes os
O, que je voudrais me sauver
m’ enfuir hébétement
somnambuliquement
m’ évader
écraser
cette toile d’ araignée
de la vie
et de la mort
lorsqu’ on m’a donné
on m’ a volé
et je n’ ai pas encore trouvé
la loi - meme
que j’ affirme
je me heurte humblement
sagement
des memes portes étrangeres
que je touche
d’ un amour fraternel
heureux je suis
heureux je m’ enveloppe
dans cette toile d’ araignée
de la vie et de la mort
altérés, désordonnés
les souvenirs changent d’ atours
chaque saison davantage
mais au fil des ans
je me rappelle tout
comme si c’ était hier
maintenant je pourrais meme toucher
tes larmes du temps jadis
je n’ ai pas encore démelé les apparences du monde
- je suis pret, je suis pret a mourir -
et la lune, calme, ne m’ a pas encore conseillé
- allons, allons sans d’ autres mots -
je n’ ai pas eu le temps de passer une nuit avec toi
- allons, je suis pret, je suis pret -
ma fenetre restera ouverte dans la nuit
et le destin peut-etre me rendra-t-il visite
apres mon départ si pressé
je porte un monde glissant sur mes épaules
les confins incertains de l’ amour et de la haine
ne se sont pas séparés
tout au-dessus de moi un doux étonnement s’ acharne
- je suis pret, je suis pret a mourir ! -
JE ME CACHE, INDÉCIS ET SOUMIS
dans ma vie je me cache
de cette vie mienne
et je m’ enfonce dans du noir
en pleine lumiere
je me cache, je m’ abrite
soumis, indécis
je fais semblant,
je plonge
parfois
quelqu’ un pleure
tout au bout de
mon reve
pour qui ?
pour quoi ?
quelquefois je ne peux plus me cacher
et suis forcé de me regarder droit dans les yeux
brutalement
la cigarette ne m’ aide plus
la reverie ne m’ aide plus
seules les feuilles de l’ automne
semblent décidées
a ne pas me quitter
quelquefois, apres de longues traques
je me trouve piégé, déconspiré, humilié
rien ne me sauve plus
rien ne veut plus
se tenir pres de moi
des murailles incléments
m’ accueillent partout
je rencontre partout
brusquement
mon visage
“ Y a-t-il un ver caché dans l’ Univers “
( C. Noica )
meme si les choses sont souillées
je m’ étonne de voir
qu’ elles ne cessent pas de se salir
personne ne s’ arrete
personne ne s’ avance
naguere
bien pres de moi passa un son tres clair
ceux qui l’ entendent encore
se hâtent
de l’ oublier
si j’ avais pris garde
a toutes les instructions
je ne serais pas arrivé
jusqu’ a toi
……………………………..
hors la loi
je t’ ai aimée
hors les lois
j’ ai respiré
hors la loi
j’ éclate en sanglots
comme elles sont douces et accueillantes
les choses
aussi longtemps
qu’ elles ne t’ ont pas sauté au cou
comme il est plein de lait
le sein
aussi longtemps
que tu le vois comme tel
et en vermeil - les sentiers
tant qu’on n’ a pas encore fait
le premier pas
douces et accueillantes
sont les choses
tant que tu crois
qu’ il y a de retour
j´ai revé souvent a tes mains
te mains
ont effleuré mon destin
tes mains
m´ont conduit
dans les batailles les plus étranges
avec tes mains j´ai causé
jusqu´au coeur de la nuit
un secret paradis
sont-elles pour moi
tes mains
maintenant
tes mains reposent tranquilles
sur mon front
comme sur ma
tombe
“ que tu ne boives pas des eaux de la mort “
( Saint Antoine le Grand )
nettoyons l’ endroit
et ensuite
attendons tres sages
s’ arretera-t-elle
un jour
bien pres de nous
la Beauté ?
sur cette mélodie
je pourrais devenir fou
tu m’ emmenes
si pres de moi
que je suffoque
– si quelqu’ un me regardait maintenant
droit dans les yeux,
il resterait aveugle -
sur cette mélodie
tu me paraîs géante
intangible,
sur cette mélodie
n’ importe qui pourrait t’ aimer
sur cette mélodie
je fais le signe de la croix
et …
CHANSON POUR LES YEUX DE MA BIEN-AIMEE
ton regard allume ma cigarette
ton regard fait mes devoirs d’ écolier
ton regard me fait heurter contre moi-meme
comme a un passant inconnu
ton regard jette
mes parents dans l’ hopital
ton regard:
l’ absence de mon corps
de toutes les maisons du monde
malgré tout mon désir d’ oublier
de m’ échapper
et de franchir ton image
je n’ ai pas réussi
quoique je regarde
et quoique je fasse
j’ ai toujours devant moi
le meme tableau
le meme désespoir
aux yeux de chat
comme d’ un tunnel souterrain je sortis
lorsque les fleurs de l’ automne m’ ont averti
c’est drole, mais c’est l’automne qui me rappelle toujours tes yeux
mes pas chancelants
tout d’ un coup redressant
loin loin on entend une chanson
que j’ ai jadis chevrotée :
“ automne, automne, pourquoi troubles – tu
si profondément
les sentiers de ton fidele ? … “
me voila, apaisé, rassuré
exaltant mes hésitations
jusqu’ a en faire le principe fondamental du monde
tu es la
on est main dans la main
meme si tu n’ as pas de voix
meme si tu n’ existes pas …
pourquoi troubles – tu si profondément
les sentiers de ton fidele ?
il y a quelqu’ un qui appelle
et personne ne lui répond
rien ne vas pas
rien ne s’ accomplit pas
rien ne te retient plus
rien ne t’ arrete plus
tu voudrais sortir de la maison
et, monté sur la statue de la place centrale,
tu voudrais parler a tes semblables
– leur dire quoi ?
quoi de neuf ? -
vers le soir, apaisé
tu disparais dans la foule
tu ne marches pas, tu glisses seullement
tu te laisses pousser, repousser
tu t’ en fous.
…………………………………………
apres tout
avant de se passer,
elle est finie, ta vie !
je n’ ai pas été
tu n’ as pas été
et nous ne serons jamais
peut – etre du moins ce clair instant
ou se réveille le néant en nous
ne neigera-t-il pas en vain
sur nos tombes
m’ enfuir, rompre les chaînes
écraser cette mort
qui m’ a si bien enveloppé
arriver jusqu’ a toi
ma princesse, ma princesse
j’ étais en train de regarder au loin
je croyais encore que tout m’ appartenait
j’ étais encore tellement fier
tellement heureux de te rencontrer
de te toucher
lorsque j’ai déja entendu
mes chevaux hennir
dans l’ autre monde
je me préparais encore a t’ accueillir
je pendais encore devant mon vieux miroir
lorsqu’ on m’ a dit que tu étais partie
ma princesse, ma princesse
que je puisse arriver jusqu’ a toi,
aujourd’ hui, quand tu es partie
que je puisse t’ embrasser !
mais la mort m’ a déja si tendrement enchaîné
que j’ ai honte meme de pleurer
ma princesse, ma princesse
si mon déchirement
t’ effleure
pardonne – moi !
le sang dans les arteres coule sagement
le style est clair et bien obéissant
le noyer porte des noix et le pommier des pommes
le sang dans les arteres coule sagement
mais – immotivé ? – le pouls devient fou
la plume brule, trompe et blaspheme
le noyer porte des pommes et le pommier des noix
hasard, absurdité, chimere, désarroi.
IL EST SANS BORNES, L’ ÉCROULEMENT
j’ ai eu honte
et je ne t’ ai jamais écrit
ni jamais cru
que je pourrais t’ atteindre
il y avait des signes qui te prédisaient
et te cachaient a la fois
m’ en aller ou
hors de moi ?
ce n’ est que sur mes chemins
déchirés, ensanglantés,
ce n’ est que dans mes pas
incertains, chancelants
ce n’ est que dans le geste indécis
ce n’ est que dans le sourire crispé
et instable
ce n’ est que dans le frémissement et le murmure
que je me sens a l’ aise
tout aussi triste
au bout du siecle
qu’ a la Genese
dans les profondeurs
parfois je descends
en toute confiance
mystérieusement
défiguré
au-dehors – que tout s’ écroule !
au-dehors – que les malédictions s’ accomplissent !
les yeux fermés
j’ enfonce les ongles
au coeur dur des choses entrevues
trandisque des hordes barbares
tuent mes fils
qui ne sont pas nés
dans la religion de mon sang
des bras puissants poussent de mes faibles bras
des ongles durs jaillissent de mes ongles
un coeur léger s’ abrite dans mon coeur lourd
en confiance, en toute confiance je marche et j’ai
les mains pleines des choses entrevues
……………………………………………………………………
maintenant je me promene dans cette ville
de ma jeunesse dévastée
les mains vides, troublé
je marche d’ un pas léger comme si je marchais
sur l’ herbe de mon tombeau
“ Il pleure, cet homme, droit comme un arbre “
( M. Robescu )
aucune nouvelle n’ arrive
a la maison du malaimé
inconstants
les fruits du monde ne le nourrissent plus
ses pas sont toujours plus loin
de tout ce qui existe
et dans l’ eau de la mélancolie
son frere suicidaire se fait voir
encore plus triste
plus dégouté
des horloges cassées sonnent dans son ame
et
désespéré
dans la lumiere de l’ espoir il traîne
mince
mince
ce fil qui me rattache
a ma vie
ce gant
qu’ on m’ a jeté
il y a longtemps
chaque jour
je le releve
toujours, toujours autre chose
est plus importante
que ma vie
les rendez – vous ratés avec moi – meme
tout autant de regrets
tout autant d’ euphories
me sont – ils
et
la mort dans les bras
loin loin ma mort s’ en va
toujours autre chose me ravit
me voile, me perd
je me transforme toujours en autre chose
et tout ce qu’ il y a de plus profond dans ce monde
d’ un autre monde
semble venir
longtemps j’ ai cru
qu’ il suffisait – au temps de tempete -
de tenir simplement le bon chemin
mais quand on voit
a coté
des tendresses étouffantes
foulées aux pieds
on ne croit plus
qu’ on puisse se sauver soi – meme
SOUDAIN, L’ INFINI NOUS PERMET
entre moi et celui qui pourrait t’ aimer
Dieu lui – meme surgit quelquefois
d’ étranges choses
noircissent le visage du monde
entre moi et celui qui court vers toi
l’ air se tient immobile et premonitoire
( des brumes montent et descendent
- je ne veux pas atteindre
ce que j’ aperçois ! )
entre nous, les morts et les vivants passent leur temps ensemble
et le monde attend encore une fois
sa création
entre moi et celui qu’ aurait pu t’ aimer
tu passes a peine
tu respires a peine
tu as le beau visage du souvenir
beaucoup plus étouffant
est le monde
en décembre
le suicide se promene dans la rue
encore plus provocant
si j’ échappe a cet hiver aussi
a cette maladie aussi
a cette mort aussi
l’ été prochain – je le sais bien -
je languirai apres décembre
parmis les pins de la confiance
parmi les mauvaises herbes de l’ espoir
et parmi tes effrois profondément prémonitoires
je passe encore
l’ aboiement des chiens accompagnait
nos rencontres
chardons et orties
se seraient fanés
si je n’ étais
si tu n’ étais
rien n’ est pas mort
dans mes reves
et les choses prolongent leur existence
comme si …
RIEN DE PLUS HAUT SOUS LE SOLEIL
apres Napoléon, Stavrogine et Mujchkine
personne n’ est plus venu au monde
et nous, les infirmes, le livre sur les genoux
nous souillons les pages avec nos larmes
allez, chantez – moi cette vieille chanson
pour me faire oublier ma faiblaisse
pour me faire oublier les trous dans lesquels
je suis religieusement entré
comme dans de saintes monasteres
chantez – moi cette vieille chanson
pour me faire oublier mes infamies
pour me faire oublier, une fois pour toutes
que je suis né !
il y a des jours
ou la mélancolie triomphe
et
par – dela tous les éthers
l’ enfance s’ étale
ravageusement
si Hölderlin arrive
le ciel fera sortir de tendres mots
de résurrection
( l’ oeil de l’ aiguille sera fermé a jamais
et le train ne passera plus
sur mon cou )
si Hölderlin arrive
on n’ entendra que des cloches sonner au loin
et des voix d’ enfants chanteront de tout coeur
les apparences feront surgir leur visage caché
et tout ce qui n’ est pas encore né
viendra au monde
si Hölderlin arrive
L’ IMPITOYABLE ACIER DE L’ UTOPIE
j’ ai toujours cru
que je pouvais revenir
de lourds bateaux coulaient a fendre le coeur
et je croyais encore
que je pouvais revenir
le monde me tournait le dos
le jour et la nuit m’ étaient égales
l’ amer et le doux me semblaient les memes
ma mere m’ avait depuis longtemps enterré
dans ses larmes
mais je m’ acharnais a croire
qu’ il y a un retour
avec les dernieres forces
je foulais aux pieds les dernieres forces
les ailes et le corps bourrés de fleches
je croyais toujours
qu’ il y a un retour
je m’ éloignais
je m’ éloignais tout en tremblant de colere
je m’ éloigne
hanté
répétant
que je peux encore que je peux encore revenir

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